Côte d'Ivoire: Koné Katinan donne les vraies raisons de la crise postélectorale de 2010-2011 « Ce n'est pas un plan conçu par le Président Laurent GBAGBO pour se maintenir au pouvoir qui a occasionné la violente crise postélectorale de 2011 »

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Côte d'Ivoire: Koné Katinan donne les vraies raisons de la crise postélectorale de 2010-2011 « Ce n'est pas un plan conçu par le Président Laurent GBAGBO pour se maintenir au pouvoir qui a occasionné la violente crise postélectorale de 2011 »

(Photo d'archives pour illustrer l'article)

« C'est plutôt le refus systématique du respect des règles démocratiques »

Justin Koné Katinan en exil au Ghana, commente l'actualité sociopolitique de ces dernières semaines en Côte d'Ivoire. Du message du Chef de l'Etat le 6 août dernier, en passant par la reprise du procès du Président Laurent GBAGBO et du ministre Charles Blé Goudé, la rupture du PDCI d'avec son allié, l'organisation des élections locales meurtrières, la sortie du livre du Professeur Francis V. Wodié, ancien Président du Conseil Constitutionnel et la création d'une nouvelle plate-forme politique autour du PDCI-RDA, l'ancien ministre du Budget de Laurent Gbagbo passe tout au peigne fin. Ci-dessous l'intégralité de sa contribution.


Le message du Chef de l'Etat le 6 août dernier, la reprise de l'interminable procès du Président Laurent GBAGBO et du ministre Charles Blé Goudé, la rupture du PDCI d'avec son allié, l'organisation des élections locales meurtrières, la sortie du livre du Professeur Francis V. Wodié, ancien Président du Conseil Constitutionnel et la création d'une nouvelle plate-forme politique autour du PDCI-RDA sont les évènements majeurs qui ont marqué la vie politique au cours du trimestre écoulé. Même s'ils n'ont pas tous la même portée nationale, ces évènements ont eu l'avantage d'exposer, au monde entier, toutes les incohérences de la vie politique en Côte d'Ivoire. Ces incohérences, qui ne faiblissent pas malgré le drame qu'elles engendrent depuis plusieurs décennies dans le pays, tirent leur vitalité d'une seule source : la ruse permanente avec la vérité. Nous avons érigé en norme nationale et en référent de réussite politique le mensonge et tous ses avatars.

Le 6 Août, le Chef de l'Etat a fait la traditionnelle adresse à la nation à la veille de la fête nationale. Cette adresse a été accueillie avec assez d'enthousiasme parce qu'elle ouvrait une lucarne d'espoir dans l'épaisse incertitude qui enveloppe la vie politique depuis septembre 2011. L'on a cru voir dans la mesure d'amnistie suivie de l'élargissement des hautes personnalités du FPI, injustement incarcérées depuis plus de 7 ans, et la promesse de la réforme de la très contestée CEI un pas vers une possible réconciliation nationale. Hélas, l'espoir a vécu le temps d'un feu de paille : vif et long mais très vite éteint. La meilleure preuve de la précarité des effets de la mesure d'amnistie sur la réconciliation est la violence meurtrière qui a émaillé les dernières élections locales. La raison est que le Chef de l'Etat a rusé avec sa propre mesure d'amnistie. Il l'a utilisée pour se donner une bouffée d'air à un moment de grandes tribulations pour son régime sans pour autant avoir eu l'intention irrévocable de se donner les moyens de construire une véritable réconciliation. L'exclusion des militaires de cette mesure d'amnistie, dont certains après avoir été libérés des prisons ont dû prendre immédiatement le chemin de l'exil parce que traqués pour être remis en prison, et surtout l'exclusion des célèbres et encombrants prisonniers de la CPI révèlent la véritable intention du Chef de l'Exécutif ivoirien par rapport à la réconciliation. L'absence de l'ouverture d'un dialogue politique inclusif et sincère a considérablement réduit la portée de l'amnistie par rapport à la réconciliation nationale.

Le second point de cette ruse est le revirement spectaculaire du Chef de l'Etat qui, en moins d'un mois, a renié sa propre parole au sujet de la CEI. La restriction postérieure qu'il a portée à son engagement solennel de reformer la CEI avant les prochaines élections montre la duplicité des acteurs politiques majeurs de notre pays. Cette duplicité s'est bien illustrée pendant les dernières élections locales. En effet, comment comprendre autrement la participation à une élection organisée par une structure, que l'on reconnait comme partiale et illégale, et se plaindre, après coup, des manquements de cette structure si ce n'est faire preuve de duplicité ? Non seulement elle est illégale et ploie sous le poids d'une suspicion à la fois légitime et générale, mais en plus, l'on demande à cette CEI d'organiser sa dernière élection avant sa disparition sous sa forme actuelle. En d'autres termes, les animateurs de cette structure savent qu'ils réalisent là leurs dernières « affaires » ; il faut bien qu'elles soient juteuses avec l'assurance surtout qu'il n'y aura aucune responsabilité à assumer a posteriori. Soyons sérieux un jour avec nous-mêmes. Si toutes les parties d'un match de football contestent d'emblée l'arbitre et acceptent, néanmoins, de lui confier l'arbitrage du match, il est certain que chaque partie s'est donné les moyens secrets de s'imposer autrement que par les décisions de cet arbitre. C'est exactement ce qui s'est passé avec la violence meurtrière qui a accompagné les dernières élections dans lesquelles tous les acteurs y compris la CEI ont joué à la ruse. La violence et le manque de sincérité du scrutin étaient plus que latents ; ils étaient inévitables. L'argument qu'il fallait y aller quand même, pour convaincre les derniers sceptiques de l'inefficacité et de la partialité de la CEI, est trop spécieux pour être pris au sérieux. Après la décision de la Cour de justice des droits de l'homme et des peuples de l'UA de 2016 et le discours du Chef de l'Etat lui-même, toute aventure dans une quelconque élection avec cette CEI n'est que turpitude.

Imaginons un seul instant que le FPI eût participé à cette élection, la violence enregistrée lui aurait été opportunément et malveillamment imputée pour servir et faire valoir d'élément factuel probant à la série de science-fiction que ne cesse de monter le Procureur de la CPI sur la crise politique ivoirienne. Le Président Laurent GBAGBO et son parti n'ont pas participé aux dernières élections qui se sont déroulées entre amis. Elles ont enregistré de nombreux morts, des nombreux blessés et, même, des disparus. Pourtant, l'on tente maladroitement de leur attribuer l'exclusivité de la violence électorale de 2011. Quand nous attirons l'attention des uns et des autres sur la dangerosité du procès du Président Laurent GBAGBO pour la cohésion sociale en Côte d'Ivoire, beaucoup nous traitent de pro-GBAGBO radicalisés par un excès de « gbagboïsme ». Aucun ivoirien, animé de la plus petite dose d'honnêteté, ne peut attribuer au Président Laurent Gbagbo le moindre trait caractéristique de violence ou de xénophobie. Primo, La simultanéité de l'apparition de la violence et de l'arrivée des tenants actuels du pouvoir dans la sphère politique n'est pas un concours de circonstances hasardeuses. La tentative d'immaculation espérée avec le changement du nom de leur parti est peine perdue. L'histoire et la conscience ivoirienne ont retenu cette réalité infalsifiable. La violence meurtrière enregistrée, pour une élection mineure, bat en brèche toute la thèse du procureur de la CPI. Ce n'est pas un plan conçu par le Président Laurent GBAGBO pour se maintenir au pouvoir qui a occasionné la violente crise post-électorale de 2011. C'est plutôt le refus systématique du respect des règles démocratiques par ses adversaires qui a engendré cette crise.
Secundo, les Ivoiriens n'ont jamais été xénophobes et aucun des gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays n'a élaboré ou implémenté une politique de xénophobie.

Paradoxalement, c'est la méthode de l'épouvantail, médiatiquement bonifiée à des fins politiques pour jeter l'anathème sur eux, qui risque de conduire les Ivoiriens sur le chemin très glissant de la xénophobie. Les dommages qui en découleraient seront énormes pour tout le monde. Or, toute la thèse de l'accusation, dans le procès qui a cours à la CPI, repose sur la xénophobie présumée du Président Laurent GBAGBO. La thèse mensongère du supposé plan commun, élaboré et implémenté par le Président Laurent GBAGBO pour tuer les Ivoiriens du Nord et ceux de la CEDEAO, n'est rien d'autre qu'une illustration de cette xénophobie selon le procureur de la CPI. La mobilisation silencieuse ou manifeste autour du Président Laurent GBAGBO prouve que personne, en Côte d'Ivoire comme à l'extérieur, ne croit à cette thèse même si le mutisme de certains sachants, quant à l'invraisemblance de ladite thèse, est gênant pour la cohésion nationale. En revanche, chaque jour que l'homme passe en prison, chaque fois que le procureur tente de réécrire l'histoire de la crise ivoire, il blesse davantage les Ivoiriens. Le soutien, au-delà des clivages politiques, apporté au candidat du PDCI au Plateau, un parfait anonyme de la scène politique ivoirienne, est un message très fort. Elle rappelle cette autre mobilisation derrière Yasmina Ouégnin, quelques années avant à Cocody, parce que le passé de rebelle de son adversaire, bien que brillante, était jugé incompatible avec les valeurs sociales qu'entendaient défendre les électeurs de cette circonscription. La société humaine a plusieurs façons de s'exprimer. Il faut savoir l'écouter afin d'anticiper ses réactions. Ceux qui, par de petits calculs, font prolonger la détention arbitraire du Président Laurent GBAGBO font courir de graves risques à notre pays. Alors que cette question constitue la clé de la réconciliation, ici encore, l'on continue de ruser avec.

Un autre aspect de l'excès du dol dans la vie politique ivoirienne est l'inconstance idéologique de la classe politique. Telle une masse mouvante insaisissable, désorganisée et sans identité, celle-ci se déplace machinalement, tantôt à droite, tantôt à gauche, d'un pôle à un autre, au gré des contingences immédiates sans perspectives sur le long terme. L'on s'unit pour déshabiller Paul et habiller Pierre avant que celui-ci ne se retrouve, à son tour, déshabillé au profit de celui-là. Pendant ce temps, les défis sérieux s'amoncellent sur le chemin de la nation. Le peuple s'interroge sur la capacité de la classe politique dans son ensemble à sortir le pays de l'ornière. Hélas, cette démarche contorsionniste n'est pas propre aux seuls politiques. Des intellectuels, des quasi-savants y ont pris goût. L'ancien Président du Conseil Constitutionnel, émérite juriste dont la science est mondialement reconnue, maître incontesté des facultés et des écoles de droit, le très respecté constitutionaliste Francis V. Wodié, affirme, dans son livre qui vient de paraître, qu'il s'est laissé gagner par les petits arrangements politico-juridiques parce qu'il croyait pouvoir ainsi sauver les institutions de la république. S'étant rendu complice, au moins passivement, de l'éviction de ce poste, pourtant réputé inamovible, du professeur Yao Ndré, une autre icone perdue du droit ivoirien, lui aussi, à cause de ses propres turpitudes, il se surprend à emprunter la même porte de sortie que son prédécesseur.

Les arrangements politico-juridiques, qui l'ont hissé au sommet du Conseil Constitutionnel, sont les mêmes qui l'en ont fait descendre. Aucune dictature ne prospère si elle ne bénéficie pas de complicité active ou passive de la part de la classe politique. Je me laisserai difficilement convaincre de ce que, ce qui arrive en Côte d'Ivoire depuis 2011 est surprenant. Tout était prévisible. L'essence de chaque pouvoir, comme un matériel génétique de tout corps vivant, se constitue dès l'origine de ce pouvoir. L'avènement d'une démocratie par les armes est la plus grande illusion vendue aux Ivoiriens. Maintenant que la supercherie semble être découverte par tous y compris les plus candides, il faut en sortir le plus rapidement possible. En Côte d'Ivoire, le contrat social est rompu. Il y a maintenant plusieurs contrats claniques qui menacent la république et la nation. Il faut trouver le cadre pour fondre tous ces contrats claniques en un seul contrat social pour donner un nouveau départ à ce pays et, ce, avant 2020. Sinon ni aucune ruse, ni aucune incantation ne nous sauveront d'un naufrage collectif. Allah, lui-même, n'est pas obligé de nous écouter puisque nous lui mentons dans nos prières.
source : Linfodrome

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