L'ancien sélectionneur du Ghana (2005) Claude Le Roy, s'est prononcé sur la participation des pays africains à la Coupe du monde 2026, prévue du 11 juin au 19 juillet 2026 et coorganisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada, lors d'un entretien accordé à "Le Monde" au lendemain de la finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) Maroc 2025.
Dans son intervention, le technicien français n'a pas exclu l'idée d'un boycott africain du prochain Mondial, dénonçant une politique américaine qu'il juge "brutale et discriminatoire" à l'égard du continent africain. « Je me demande s'il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026 », a déclaré Claude Le Roy, estimant que certaines décisions politiques récentes des États-Unis posent un problème de principe quant à la participation des nations africaines à une compétition mondiale organisée en partie sur le sol américain.
Une décision politique américaine au coeur de la controverse
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la signature, le 21 janvier 2026, d'un décret du président américain Donald Trump ordonnant la suppression de plusieurs mécanismes d'aide humanitaire à destination de l'Afrique. Parmi les mesures les plus marquantes figure la dissolution de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), un pilier de l'aide internationale qui représentait en 2024 plus de 35 milliards de dollars, dont environ 11,5 milliards consacrés à l'Afrique.
Selon lui, « les dirigeants au plus haut niveau du football ne parlent plus jamais de football, mais seulement d'argent ».
Pour Claude Le Roy, ces décisions « abîment l'Afrique en tuant toutes les ONG » et soulèvent une question morale majeure : celle de la présence africaine à une Coupe du monde coorganisée par un pays qui réduit drastiquement son soutien humanitaire au continent. De plus, il a evoqué la limitation de visa de certains pays africain, dont la Côte d'Ivoire, qui doivent prendre part à ce rendez-vous mondial de football. « Mon engagement pour l'Afrique ne s'arrête pas au football », insiste-t-il, regrettant le silence des grandes instances sportives face à ces enjeux.
Mondial 2026, un enjeu sportif et symbolique
Surnommé le « sorcier blanc » en Afrique, Claude Le Roy va plus loin en dénonçant ce qu'il perçoit comme une complaisance des dirigeants du football mondial. « Le football, c'est la vie. Ce n'est pas Gianni Infantino, fier d'être dans le Bureau ovale ou à Mar-a-Lago, qui peut cautionner un président qui coupe les aides à l'éducation et à la santé en Afrique », a-t-il affirmé, évoquant des conséquences humaines dramatiques. Selon lui, « les dirigeants au plus haut niveau du football ne parlent plus jamais de football, mais seulement d'argent ». La sortie de Claude Le Roy n'est pas anodine. Véritable figure du football africain, il a découvert la CAN en 1986 avec le Cameroun de Roger Milla, avant de remporter le trophée continental en 1988.
Dans sa carrière, il a dirigé plusieurs sélections africaines, dont le Sénégal, la RD Congo, le Ghana, le Congo Brazzaville et le Togo, qu'il a qualifié pour la CAN 2017 après six ans d'absence. Alors que le Mondial 2026 s'annonce historique avec une participation élargie à 48 équipes, dont un nombre record de nations africaines, les propos de Claude Le Roy relancent un débat sensible mêlant sport, politique et responsabilité morale, et interrogent sur la place de l'Afrique dans le football mondial.
Il convient de noter que la Côte d'Ivoire est logée dans la poule E, aux côtés de l'Allemagne, de l'Équateur et de Curaçao. Selon le calendrier établi à l'issue du tirage au sort, les Éléphants débuteront la compétition face à l'Équateur le 15 juin à Philadelphie, avant d'affronter l'Allemagne le 20 juin à Toronto, puis Curaçao le 25 juin, de nouveau à Philadelphie. Après avoir manqué la CAN 2025 au Maroc, la Côte d'Ivoire se retrouve désormais face à un enjeu plus grand. La sélection ivoirienne saura-t-elle tirer les leçons de ses récents échecs et prendre des mesures exceptionnelles pour se relancer sur la scène mondiale ?
Othniel KOUASSI
source : linfodrome.com