La Côte d'Ivoire connaît une croissance vigoureuse depuis 2011. Personne ne peut le nier. Cependant, cette dynamique est assombrie par la multiplicité des taxes et frais en tout genre, une réalité de plus en plus pesante. Chaque année apporte son lot de nouvelles charges fiscales. En 2026, entre autres, on note la taxe sur la nuitée. Entrée en vigueur en janvier, elle a désagréablement surpris les habitués des hôtels de passe et des résidences. Autrefois exonérés, les aliments pour volaille sont désormais soumis à une TVA de 18 %. Les organisations caritatives doivent publier des états financiers. Dans le viseur, les dons qu'elles reçoivent. Il y a aussi de plus en plus de péages routiers, etc.
D'autre part, on doit citer toutes ces taxes et prélèvements hors cadre législatif. Entre autres, la récente « licence d'entrepreneur de spectacles », désormais obligatoire pour organiser un spectacle. Coût : 10 millions de FCFA, à renouveler tous les 3 ans, à 5 millions de FCFA ! Elle a scandalisé le monde de la culture. Un opérateur de drones doit détenir un « agrément de travail aérien ». Coût : 3 millions de FCFA, renouvellement : 1,5 million de FCFA. Organiser une caravane pour annoncer un événement coûte 130 000 FCFA par jour ! Pour pénétrer au port, il faut débourser environ 3 000 FCFA !... La liste est infinie.
Les taxes, impôts, redevances, licences, autorisations, cotisations obligatoires, frais d'agrément, etc. asphyxient les citoyens et les entreprises. Tout est facturé aujourd'hui dans les administrations. Aujourd'hui, les cybercafés sont un maillon essentiel. Pourtant, ils ont sur le dos les mairies, l'ARTCI, le BURIDA, le ministère des NTIC, les commissariats, etc. Cela frise le racket. Tous ces frais hors cadre juridique clair ne sont pas intégrés dans le calcul de l'inflation, ni de la pression fiscale. Ce qui biaise ces grandeurs. Plus préoccupant, tout cela n'est pas coordonné avec l'État, alors qu'on a affaire à des administrations publiques, dont le budget de fonctionnement est financé par l'État.
Il y a quelque chose à revoir aujourd'hui. Cette multiplicité des taxes mine la compétitivité du pays et peut conduire à l'explosion sociale. Une croissance économique véritable se traduit toujours par un élargissement naturel de l'assiette, pour tous types d'impôts, donc un accroissement conséquent des recettes fiscales. Parce qu'il y a de plus en plus de contribuables. Accroître les recettes fiscales par de nouveaux impôts est une fuite en avant.
Cela traduit un problème au niveau de l'administration fiscale. Et cela nous amène à parler de la dette fiscale. On connaît la dette intérieure, l'argent que l'État doit aux entreprises. Mais on connaît moins la dette fiscale, l'argent que les entreprises doivent à l'État lorsqu'elles ne règlent pas leurs impôts. Le problème aujourd'hui, c'est la taille de cette dette. Ce sont des milliers de milliards que l'administration fiscale est incapable de collecter pour diverses raisons. C'est une plaie béante pour les caisses de l'État. Au lieu de toujours créer de nouveaux impôts, il faut faire rentrer cet argent. La solution est là, du moins en partie.
Il faut également mettre en place une procédure pour toute administration désirant appliquer des frais. Une administration publique ne doit pas être amenée à autoriser à facturer ses prestations de façon unilatérale. Il faut un cadre clair, une concertation avec le ministère des Finances. Il faut mettre sous contrôle les primes au sein des administrations publiques parce qu'elles sont alimentées par ces frais facturés abusivement.
En conclusion, la Côte d'Ivoire n'a pas besoin de plus de taxes. Elle a besoin de mieux collecter les impôts qui existent déjà. Il n'est pas normal qu'un pays qui a une forte croissance depuis 15 ans n'arrive pas à accroître ses recettes fiscales uniquement par l'élargissement naturel de l'assiette et qu'il soit obligé de créer de nouveaux impôts sur les mêmes niches de contribuables. C'est une fuite en avant. Il faut sortir des solutions de facilité qui consistent à toujours créer de nouveaux impôts et faire payer les mêmes.
Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales
source : connectionivoirienne.net