Foncier rural : 1,5 million de certificats à délivrer, le défi colossal de la Côte d'Ivoire

  • publiè le : 2026-10-06 11:41:52
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Foncier rural : 1,5 million de certificats à délivrer, le défi colossal de la Côte d'Ivoire
La première édition des Journées foncières d'Abidjan (JFA 2026) s'est ouverte lundi 5 octobre 2026 au Parc des Expositions de Port-Bouët. Pendant trois jours, les acteurs du foncier, les pouvoirs publics, les experts, le secteur privé et plusieurs délégations africaines vont échanger sur les moyens de sécuriser les terres, prévenir les conflits et faire du foncier un véritable moteur de développement.

La Côte d'Ivoire veut donner une nouvelle dimension à sa politique foncière. La première édition des Journées foncières d'Abidjan (JFA 2026), organisée du 5 au 7 octobre 2026 par l'Agence Foncière Rurale (AFOR), sous l'égide du ministère de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, s'est ouverte autour d'un thème particulièrement sensible : « La sécurisation foncière, facteur de cohésion sociale et levier pour l'investissement productif, la création d'emplois et le développement durable ».

La cérémonie d'ouverture a enregistré la présence du Vice-Premier ministre, Téné Birahima Ouattara, haut patron de l'événement, ainsi que de plusieurs personnalités ivoiriennes et africaines. Le Sénégal, pays invité d'honneur, était notamment représenté par son ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba.

Téné Birahima Ouattara a souligné l'importance stratégique de la rencontre. Pour lui, la participation de nombreuses délégations témoigne de l'importance accordée à la problématique foncière. « La question foncière est au coeur des enjeux politiques, économiques et sociaux de l'Afrique », a-t-il déclaré.

Le Vice-Premier ministre a identifié plusieurs défis auxquels les États doivent faire face, notamment la sécurisation des droits, l'accès à la terre, l'urbanisation et la prévention des conflits. Face à ces enjeux, il appelle à accélérer la modernisation de la gouvernance foncière. Celle-ci doit, selon lui, reposer sur « la sécurité juridique, la transparence et la digitalisation ». Téné Birahima Ouattara a surtout insisté sur la dimension humaine de la question foncière. « Sécuriser la terre, prévenir les conflits, apaiser les communautés et offrir davantage de sérénité aux agriculteurs, aux familles, aux communautés comme aux investisseurs », a-t-il soutenu.

Une vision qui place la terre au-delà de sa seule valeur économique. Pour le Vice-Premier ministre, le foncier constitue désormais un enjeu de paix et de cohésion sociale.

« LA QUESTION FONCIÈRE EST ENCORE TROP SOUVENT UNE MATIÈRE CONFLICTUELLE »

Prenant la parole à la suite du Vice-Premier ministre, le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a dressé le constat des difficultés persistantes dans la gestion du foncier en Afrique. « La question foncière est encore trop souvent dans nos pays une matière conflictuelle qui fragilise le tissu social et freine l'investissement productif », a-t-il affirmé.

Selon le ministre, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Il cite notamment « l'ignorance des lois et règles », la connaissance insuffisante des mécanismes de gestion foncière et la faiblesse des dispositifs mis en place par certains États. Bruno Koné a également relevé une évolution positive. Depuis plusieurs années, plusieurs pays africains ont engagé des opérations ambitieuses de sécurisation des droits fonciers. La Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Bénin, le Cap-Vert et Madagascar figurent parmi les pays engagés dans ces démarches.

23 millions d'hectares à sécuriser
En Côte d'Ivoire, l'ampleur du chantier donne toute sa portée aux JFA 2026. Le foncier rural représente environ 23 millions d'hectares à sécuriser, près de 9 000 localités à délimiter, environ 1,5 million de certificats fonciers à délivrer et autant de contrats agraires à formaliser. Pour Bruno Koné, ces données ne doivent pas être considérées comme de simples statistiques. « Derrière ces chiffres, nous sommes conscients qu'il y a des familles, des exploitations, des héritages à transmettre. Il y a aussi des tensions à prévenir », a-t-il expliqué.

Depuis la création de l'AFOR en 2016, les opérations de sécurisation foncière se sont accélérées. Le nombre de villages délimités et bornés est passé de 284 en 2017 à 5 786, dont 2 316 consacrés par arrêté ministériel. Par ailleurs, 68 026 certificats fonciers ont été délivrés, contre environ 4 000 en 2017. Au niveau des contrats agraires, 86 447 contrats ont été signés, alors qu'aucun n'avait été enregistré en 2017. Selon une évaluation indépendante réalisée en 2025, ces avancées auraient contribué à une réduction de 30 % des conflits fonciers.

Le choix du Sénégal comme pays invité d'honneur traduit également la volonté de favoriser les échanges entre États africains. Présent à Abidjan, le ministre sénégalais de l'Économie, des Finances et du Plan, a, a tenu à clarifier l'esprit de sa participation. « Le Sénégal ne vient pas donner de leçon, mais il vient partager son expérience », a-t-il déclaré.

Les JFA 2026 doivent justement servir de plateforme de partage des expériences et de recherche de solutions adaptées aux réalités africaines. Trois ateliers thématiques sont prévus durant ces trois jours. Ils porteront respectivement sur « Foncier et inclusion sociale », « Façonner l'espace : répondre à l'évolution » et « Marchés fonciers, secteur privé et investissement ». À travers ces échanges, les organisateurs veulent donc aller au-delà de la seule délivrance de titres fonciers. L'objectif est de créer les conditions d'une meilleure confiance entre les communautés, les producteurs, les pouvoirs publics et les investisseurs.

Au terme de ces Journées foncières d'Abidjan, l'enjeu sera ainsi de faire émerger des solutions concrètes pour une gouvernance foncière plus efficace. Car, comme l'a rappelé Téné Birahima Ouattara, la terre n'est pas seulement un bien économique : elle est aussi un facteur essentiel de développement, de paix et de cohésion sociale.

Prince Beganssou
source : afriksoir.net

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