ONU 2027 : LE PROCHAIN SECRÉTAIRE GÉNÉRAL FACE AU VERTIGE D'UN MONDE FRACTURÉ

  • publiè le : 2026-04-23 10:11:51
  • tags : prochain - secrÉtaire - gÉnÉral - vertige - monde - fracturÉ - actualités
ONU 2027 : LE PROCHAIN SECRÉTAIRE GÉNÉRAL FACE AU VERTIGE D'UN MONDE FRACTURÉ
À mesure que s'approche l'échéance du 31 décembre 2026, date de fin de mandat de António Guterres (de nationalité portugaise), une question lourde de sens s'impose au coeur des équilibres internationaux : qui aura la charge, dès le 1er janvier 2027, d'incarner une Organisation des Nations unies en perte d'autorité dans un monde en recomposition accélérée ? Derrière la mécanique institutionnelle, souvent feutrée, se joue en réalité une bataille d'influences où se croisent ambitions personnelles, rivalités géopolitiques et aspirations profondes des peuples à un ordre mondial plus juste.

Depuis sa création en 1945, dans le sillage des ruines de la Seconde Guerre mondiale, l'ONU n'a cessé de porter une promesse : celle d'un multilatéralisme capable de contenir les excès de la puissance brute. Mais cette promesse, aujourd'hui, vacille. L'organisation apparaît paralysée face aux grandes crises contemporaines, qu'il s'agisse de la guerre en Ukraine, du conflit à Gaza ou des foyers d'instabilité au Sahel. Le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité - États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France - agit désormais moins comme un garde-fou que comme un instrument de blocage systémique. Dans cet environnement fracturé, le prochain Secrétaire général ne sera pas seulement un administrateur, mais un funambule contraint d'évoluer entre des puissances qui ne partagent plus ni les mêmes priorités ni les mêmes visions du monde.

C'est dans ce contexte de défiance que quatre figures émergent, chacune portant une lecture particulière de ce que doit devenir l'ONU, tout en reflétant une diversité géographique notable. La candidature de Michelle Bachelet, de nationalité chilienne, incarne une certaine continuité normative : celle des droits humains, de l'égalité et d'un multilatéralisme de principes. Forte de son double passage à la tête du Chili et de son expérience au sein du système onusien, elle dispose d'une légitimité incontestable. Mais cette même clarté idéologique pourrait constituer son principal handicap dans un Conseil de sécurité dominé par des logiques de puissance où la neutralité stratégique prime souvent sur les engagements de valeur.

À l'opposé, Rafael Mariano Grossi, de nationalité argentine, apparaît comme le candidat du réalisme technocratique. À la tête de l'Agence internationale de l'énergie atomique, il a démontré une capacité à dialoguer avec des acteurs antagonistes, y compris dans des contextes hautement sensibles. Son profil rassure les grandes puissances en quête de stabilité et de pragmatisme. Mais cette compétence technique, aussi précieuse soit-elle, soulève une interrogation : peut-elle suffire à insuffler une vision politique capable de redonner souffle à une institution en crise d'incarnation ?

La candidature de Rebeca Grynspan, de nationalité costaricienne, introduit, quant à elle, une autre grille de lecture, centrée sur les déséquilibres économiques mondiaux. Elle dirige actuellement la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), organe créé en 1964 et chargé d'intégrer les pays en développement dans l'économie mondiale de manière équitable. La CNUCED produit des analyses économiques, formule des recommandations politiques et soutient les États du Sud dans les domaines du commerce international, de l'investissement, de la dette et du développement durable. Dans un monde marqué par l'explosion des inégalités et les fractures Nord-Sud, son expérience résonne fortement avec les attentes des pays en développement. Elle incarne une ONU tournée vers la justice économique et la résilience. Mais là encore, le défi est de taille : dans un système dominé par les enjeux sécuritaires, la question du développement reste trop souvent reléguée au second plan.

Enfin, Macky Sall, de nationalité sénégalaise, porte une ambition politique plus directe : celle de repositionner le Sud global au coeur de la gouvernance mondiale. Ancien chef d'État et figure de la diplomatie africaine, il incarne une demande de rééquilibrage historique au profit d'un continent longtemps marginalisé dans les instances décisionnelles. Sa candidature pose, en creux, la question de la représentativité au sein du système international. Mais elle se heurte à des fragilités internes et à une absence de consensus clair derrière son nom, éléments souvent rédhibitoires dans les arcanes du Conseil de sécurité.

Car c'est bien là que se joue l'essentiel. Derrière l'apparente ouverture du processus - dialogues publics, auditions retransmises, déclarations de vision -, le véritable verdict se rendra à huis clos, dans les calculs subtils des grandes puissances. Conformément à l'article 97 de la Charte des Nations unies, le Secrétaire général est nommé par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Concrètement, le Conseil de sécurité, composé de 15 membres dont 5 permanents, procède à des votes informels appelés « straw polls » (scrutins indicatifs). Chaque membre y exprime son opinion - « encourager », « décourager » ou « sans opinion » - sur chaque candidat. Pour être retenu, un candidat doit obtenir au moins 9 voix favorables sur 15, sans qu'aucun des cinq membres permanents n'oppose son veto. Ces votes peuvent être répétés plusieurs fois, avec des bulletins différenciés permettant d'identifier les vetos potentiels des grandes puissances sans les rendre immédiatement publics. Une fois un candidat consensuel dégagé, le Conseil de sécurité adopte une résolution formelle de recommandation.

L'étape suivante revient à l'Assemblée générale, composée des 193 États membres, qui procède généralement à une nomination par acclamation, bien qu'un vote formel à la majorité simple puisse être organisé si nécessaire. En pratique, cette dernière étape reste largement symbolique, le véritable pouvoir de sélection étant concentré entre les mains du Conseil de sécurité. Ce mécanisme à deux étages illustre toute l'ambiguïté du système : une apparence démocratique à l'échelle universelle, mais une réalité décisionnelle dominée par un cercle restreint de puissances.

Dès lors, la question centrale n'est peut-être pas de savoir qui l'emportera, mais ce que ce choix révélera de l'état du monde. Une victoire d'un profil consensuel et technocratique traduirait la volonté des puissances de préserver un statu quo fragile. À l'inverse, l'émergence d'une figure plus politique ou issue du Sud signalerait une tentative - même timide - de rééquilibrage et de réforme. Mais dans tous les cas, les marges de manoeuvre resteront étroites.

Le prochain Secrétaire général héritera d'une organisation à la croisée des chemins : contestée dans sa légitimité, limitée dans ses moyens, mais toujours indispensable. Car malgré ses échecs, l'ONU demeure le seul espace où l'universalité du dialogue subsiste encore. C'est précisément cette contradiction qui fait toute la difficulté de la fonction : diriger une institution dont tout le monde critique les faiblesses, mais dont personne ne peut réellement se passer.

Ainsi, au-delà des profils et des stratégies, cette succession pose une question plus fondamentale : le multilatéralisme peut-il encore survivre dans un monde dominé par la logique des blocs et le retour des rapports de force ? Le futur Secrétaire général n'aura pas seulement à gérer des crises. Il devra tenter de redonner un sens à l'idée même de communauté internationale

. Et dans un monde qui doute de plus en plus de ses propres règles, cette mission relève presque de l'impossible.

Clément EWOUEDJE

rédacteur
source : businessactuality.com

A voir egalement

Publicité
Publicité