La situation sécuritaire au Mali connaît une nouvelle dégradation inquiétante après les attaques coordonnées survenues le 25 avril 2026 dans plusieurs localités stratégiques du pays. Ces violences, attribuées à des groupes jihadistes, ont notamment coûté la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara, plongeant davantage les autorités de transition dans une zone de turbulences. Dans ce contexte tendu, le juriste et expert indépendant des Nations unies sur les droits humains, Alioune Tine, tire la sonnette d'alarme et appelle à une prise de conscience régionale.
Intervenant sur les antennes de Radio France Internationale, Alioune Tine a dressé un constat sévère de la situation actuelle. Selon lui, les choix stratégiques opérés ces dernières années par les autorités maliennes, notamment sur le plan diplomatique et sécuritaire, n'ont pas produit les effets escomptés. Il évoque notamment un échec des alliances actuelles, y compris le rapprochement avec la Russie, ainsi que des tensions persistantes avec certains partenaires traditionnels comme la France ou des pays voisins tels que l'Algérie.
Pour l'expert, le départ de la MINUSMA en décembre 2023 a laissé apparaître des fragilités structurelles importantes. Bien que cette mission n'ait pas permis de stabiliser totalement le pays, elle constituait, selon lui, un facteur de dissuasion et de soutien non négligeable. « Depuis son retrait, les failles se sont accentuées », a-t-il souligné, mettant également en doute l'efficacité des nouveaux partenaires sécuritaires engagés par Bamako.
Au-delà du cas malien, Alioune Tine insiste sur la dimension régionale de la crise. Pour lui, il ne s'agit ni d'une crise propre au Mali, ni au Burkina Faso, mais bien d'une menace globale qui concerne l'ensemble du Sahel et, plus largement, l'Afrique de l'Ouest. Dans cette optique, il critique la création de l'Alliance des États du Sahel (AES), estimant qu'elle a contribué à fragiliser davantage les États membres au lieu de renforcer leur sécurité.
Face à cette situation, l'expert plaide pour une refonte des stratégies actuelles et appelle à une coopération sous-régionale renforcée. « Tant que les Africains ne seront pas unis autour d'une réponse sécuritaire collective, les pays resteront vulnérables. Ce qui s'est passé au Mali, c'est un très grand avertissement pour l'ensemble des pays de la sous-région », a-t-il insisté. Cette approche, selon lui, implique une meilleure coordination entre États, un dialogue renforcé avec l'ensemble des partenaires internationaux, ainsi qu'un recentrage des priorités sur la stabilité durable.
La journée du 25 avril 2026 restera ainsi comme l'une des plus critiques de ces dernières années pour le Mali. Les attaques simultanées à Bamako, Gao et Mopti ont démontré une montée en puissance des groupes armés, capables désormais de frapper de manière coordonnée et à grande échelle. Cette évolution alimente les inquiétudes des populations et met en lumière les défis considérables auxquels font face les autorités de transition.
En qualifiant ces événements de « très grand avertissement », Alioune Tine invite les dirigeants de la sous-région à tirer les leçons de la crise malienne. Pour lui, l'urgence est désormais d'éviter un effet domino qui pourrait déstabiliser davantage l'ensemble de l'espace ouest-africain, déjà confronté à de multiples défis sécuritaires, politiques et sociaux.
Prince Beganssou
source : afriksoir.net