Préparer une Coupe du monde demande des moyens conséquents. Entre l'organisation de stages, de matchs amicaux, les voyages et les autres frais, le coût est élevé. Exemple avec les sélections africaines qualifiées pour la phase finale.
Bien avant le coup d'envoi de cette Coupe du monde le 11 juin prochain à Mexico, bien avant les premiers résultats, une chose est d'ores et déjà certaine : ce Mondial va permettre à la Fifa de dépasser tous les records sur le plan financier. Pour l'année 2026, l'instance espère ainsi engranger près de 9 milliards de dollars de recettes (environ 7,6 milliards d'euros), soit un peu plus du double des chiffres enregistrés en 2022, année de la Coupe du monde au Qatar. La hausse des droits de retransmission des matchs et le passage de 32 à 48 équipes en lice, qui multiplie mécaniquement le nombre de matches et donc le nombre de billets vendus, expliquent cette inflation.
Pour certaines sélections africaines qualifiées, la phase de préparation a démarré le 23 mai avec des effectifs encore incomplets, de nombreux joueurs ayant encore des matchs à disputer avec leurs clubs. Jusqu'à leur entrée en lice, entre le 11 juin (Afrique du Sud) et le 17 juin (Ghana et RDC), les équipes occuperont leur temps entre stages, entraînements, matchs amicaux et voyages vers les lieux de la compétition. Autant d'activités qui seront, pour partie, financer par la dotation accordée par la Fifa.
Une première enveloppe jugée insuffisante
En décembre 2025, l'instance avait promis d'allouer à chaque fédération 1,5 million de dollars pour couvrir ces frais de préparation. Une somme qui vient s'ajouter aux 9 millions de dollars de base prévus pour toutes les équipes participant à la compétition, le futur vainqueur se voyant remettre 50 millions de dollars en plus de la coupe. Mais la somme promise par le président de la Fifa, Gianni Infantino, a été jugée trop faible par les fédérations, qui ont mené un intense lobbying dans les mois qui ont suivi.
Fin avril dernier, en amont du congrès de la Fifa qui s'est tenu à Vancouver, le Conseil de la Fifa a donc revu ses chiffres à la hausse. Les fonds de préparation sont passés de 1,5 à 2,5 millions de dollars et les fonds pour la qualification de 9 à 10 millions de dollars. « La Fifa est fière d'afficher la situation financière la plus solide de son histoire, ce qui lui permet d'apporter un soutien sans précédent à toutes ses associations membres. Il s'agit là d'un nouvel exemple illustrant comment les ressources de la Fifa sont réinvesties dans le football », s'est autocongratulé Gianni Infantino.
Outre cette enveloppe destinée à chacune des 48 fédérations, les sélections recevront également des fonds destinés à couvrir les frais d'hébergement, de nourriture et de transport des délégations - dans une limite de 50 personnes - cinq jours avant le premier match et jusqu'à son départ après l'élimination, ou la victoire.
L'option de la préparation à domicile
Pour nombre de fédérations africaines, cette manne financière est plus que bienvenue. Si certaines sélections disposent de moyens conséquents, à l'instar de l'Afrique du Sud, du Maroc, de l'Algérie ou encore de l'Égypte, d'autres sont largement moins bien dotées. « Beaucoup ont choisi d'effectuer une grosse partie de la préparation à domicile. Cela coûte moins cher, surtout pour les fédérations qui possèdent leurs propres centres techniques où les joueurs peuvent s'entraîner, dormir et manger, comme c'est le cas à Salé pour le Maroc ou Sidi Moussa pour l'Algérie », explique à Jeune Afrique un agent spécialisé dans l'organisation des matchs amicaux.
Les Lions de l'Atlas, qui ont pris leur vol vers les États-Unis le 3 juin, ont ainsi joué face au Burundi le 26 mai à Salé et face à Madagascar, le 2 juin à Rabat. Les Bafana Bafana sud-africains, qui ont rejoint leur camp de base au Mexique le 2 juin - avec quelques jours de retard sur le programme initial - se sont quant à eux préparés à Johannesburg. Les Sénégalais ont passé quelques jours de travail intense à Dakar avant de prendre le chemin de la Caroline du Nord où, le 31 mai dernier, ils se sont inclinés face à l'équipe des États-Unis : la première défaite depuis dix rencontres qu'ont subie les Lions de la Teranga, vainqueurs contestés de la Coupe d'Afrique des nations.
Une fois en Amérique du Nord, la facture peut vite gonfler pour les fédérations, explique un agent qui a requis l'anonymat. « Il faut faire venir les joueurs et les staffs. Si une sélection occupe un hôtel quatre ou cinq étoiles - les standards habituels pour des sélections nationales d'un certain niveau - il faut compter environ 400 euros par personne et par nuitée, même s'ils peuvent négocier les prix ». Logement, nourriture, déplacement, salaires et per diem... « Plus une équipe rentre tôt dans la compétition, plus vite elle est prise en charge par la Fifa et moins le coût de sa préparation est élevé », constate notre interlocuteur.
Les autres leviers de financement
Ainsi le Maroc, qui jouera son premier match le 13 juin prochain, ne sera pris en charge qu'à partir du 8 juin. Jusque-là, c'est à la fédération présidée par Fouzi Lekjâa qu'il revient de financer l'intégralité des frais induits par la présence de l'équipe et de ses accompagnateurs aux États-Unis où les joueurs ont atterri le 4 juin. Pour se financer, les fédérations ont plusieurs leviers : « Il y a les sponsors, évidemment, mais aussi les recettes de billetterie puisque toutes les sélections vont disputer des matchs amicaux qui permettent d'avoir des rentrées d'argent », explique source évoluant dans le secteur de l'organisation de matches.
Les États vont également mettre la main à la poche, de manière plus ou moins conséquente, pour aider les sélections. « Cela dépend des capacités financières des fédérations : l'État peut, par exemple, prendre en charge le voyage ou une partie des frais non pris en compte par la Fifa », résume un agent agréé par la Fifa pour organiser des matchs. Mais il précise que ces aides ponctuelles ont tendance à baisser. « Les gouvernements savent que la Fifa a augmenté ses dotations, ils revoient les leurs à la baisse », explique-t-il.