L'homme politique ivoirien, Ahoua Don Mello, jette un pavé dans la mare en décryptant la réalité du partage des revenus pétroliers entre la Petroci, la société nationale, et ses partenaires étrangers (ENI, Vitol, SOCAR).
Alors que le champ Baleine, joyau offshore ivoirien, s'apprête à atteindre son plein régime, une question fondamentale se pose : la Côte d'Ivoire parvient-elle à capturer la juste valeur de sa manne noire, ou bien l'essentiel du butin s'échappe-t-il vers l'extérieur ? s'interroge Don Mello.
Dans une tribune, Ahoua Don Mello, vice-président chargé des projets stratégiques de l'Alliance internationale des BRICS, décrypte la réalité du partage des revenus pétroliers entre Petroci, la société nationale pétrolière, et ses partenaires étrangers (ENI, Vitol, SOCAR).
Le 25 mai 2026, la Côte d'Ivoire assistait à la décision finale d'investissement (FID) de l'opérateur pétrolier italien ENI et de ses partenaires pour la phase 3 du champ pétrolier Baleine, note l'expert en développement.
Découvert en septembre 2021 par la major italienne ENI, le champ Baleine a provoqué une onde de choc dans le bassin sédimentaire ivoirien. Situé à environ 70 Km au large d'Abidjan, par des fonds de 2 500 m, ce gisement en eaux profondes est le plus important jamais découvert dans le pays.
Son développement a été mené à un rythme record : le démarrage de la phase 1, opéré en août 2023, moins de deux ans après la découverte. La phase 2 a été lancée en décembre 2024, portant la production à environ 62 000 barils par jour, dépassant ainsi les objectifs initiaux.
La phase 3, elle, a été lancée fin mai 2026 avec l'annonce de l'investissement pour cette troisième phase. Baleine est sur le point de devenir le poumon énergétique de la nation. L'objectif est d'atteindre une production de 150 000 barils de pétrole par jour et 200 millions de pieds cubes de gaz d'ici 2027.
Les réserves extractibles totales du champ s'élèvent à 2,5 milliards de barils de pétrole et 3 300 milliards de pieds cubes (93 milliards de m3) de gaz naturel associé. Leur valorisation brute, au prix moyen de référence de 70 dollars le baril, avoisine les 195 milliards de dollars, souligne-t-il.
Il relève un investissement maîtrisé, tout en mentionnant que l'investissement total pour développer cet immense gisement en offshore, est estimé à plus de 8 milliards de dollars (4,5 milliards pour les phrases 1 et 2, et 4 milliards pour la phase 3).
Cela donne un ratio Investissement/Valeur des réserves d'environ 4,1%, avance-t-il. Ainsi, pour chaque dollar investi, la valeur brute potentielle de la ressource est de 24 dollars. Une rentabilité théorique exceptionnelle pour le consortium qui valide le choix stratégique d'ENI et de ses partenaires.
Toutefois, Don Mello observe que « l'écart entre la promesse et la réalité est le plus flagrant pour l'Etat ivoirien. La structure actionnariale actuelle donne une part prépondérante aux partenaires étrangers, qui cumulent 77,25% du capital, tandis que la PETROCI n'en détient que 22,75% ».
Sur la base des estimations de 150 000 barils/jour, la répartition annuelle du chiffre d'affaires (pour un prix de 70 dollars/baril), l'on a : Partenaires étrangers (ENI, Vitol, SOCAR) 77,25%, soit 2,94 milliards USD (1 930 milliards Fcfa) et PETROCI 22,75%, soit 0,866 milliards USD (568 milliards Fcfa).
PETROCI, la société pétrolière nationale, a réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 595 milliards Fcfa en 2025. Sa part annuelle sur la seule vente du pétrole de Baleine (568 milliards Fcfa) serait donc presque équivalente à l'ensemble de son activité totale actuelle, renchérit-il.
Ahoua Don Mello martèle que « l'enjeu des années à venir sera de savoir quand et comment changer de ligne pour que la Côte d'Ivoire ne se contente plus de voir passer le troupeau, mais apprenne à le capturer ».
source : apanews.net