Cacao : Le prix au Ghana creuse l'écart avec la Côte d'Ivoire et ravive le risque de contrebande

  • publiè le : 2026-10-01 10:57:15
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Cacao : Le prix au Ghana creuse l'écart avec la Côte d'Ivoire et ravive le risque de contrebande
La campagne cacaoyère 2026-2027 s'ouvre sur un important écart de prix entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, les deux principaux producteurs mondiaux de cacao. Alors que la Côte d'Ivoire a fixé à 1 200 FCFA le kilogramme le prix minimum garanti aux producteurs pour la campagne principale, le Ghana propose désormais environ 2 100 FCFA le kilogramme. Soit une différence de près de 900 FCFA par kilogramme, susceptible de modifier les comportements des opérateurs et de renforcer la pression sur les frontières entre les deux pays.

En Côte d'Ivoire, la campagne principale 2026-2027 a démarré le 1er septembre 2026 avec un prix bord champ fixé à 1 200 FCFA/kg. Au Ghana, la campagne principale a débuté le 25 septembre 2026 avec un prix producteur de 42 400 cedis par tonne, correspondant à environ 2 100 FCFA/kg selon le taux de conversion retenu. À l'échelle d'une tonne, le producteur ghanéen bénéficie donc d'un prix d'environ 2,1 millions de FCFA, contre 1,2 million de FCFA en Côte d'Ivoire. Cet écart intervient dans un contexte de forte volatilité du marché international du cacao. Les deux pays administrent leurs prix producteurs, mais selon des mécanismes différents.

Au Ghana, le prix bord champ est principalement établi en fonction de la valeur brute FOB (Free On Board, en français, sans frais à bord) du cacao. Cette valeur correspond au prix du produit au port de départ, avant les coûts liés au transport maritime et à l'assurance. Pour la campagne 2026-2027, le nouveau cadre juridique issu du Ghana Cocoa Board Act, 2026, prévoit que les producteurs bénéficient d'au moins 70 % de cette valeur brute FOB. Pour la nouvelle campagne, le COCOBOD a retenu une part de 71,18 %, ce qui a conduit à un prix de 42 400 cedis par tonne, soit environ 2,1 millions de FCFA.

Ce mécanisme a évolué au cours des dernières campagnes. En 2024-2025, la part destinée aux producteurs représentait 63,9 % de la valeur FOB, avant d'être portée à 70 % au début de la campagne 2025-2026.

La Côte d'Ivoire mise sur la soutenabilité
En Côte d'Ivoire, le système de fixation du prix repose notamment sur le prix CAF, qui prend en compte le coût, l'assurance et le fret jusqu'au port de destination. Le dispositif prévoit normalement que le prix minimum garanti aux producteurs soit au moins égal à 60 % du prix CAF de référence. En cas de baisse des cours internationaux, le prix au producteur ne peut toutefois pas descendre sous certains seuils prévus par le mécanisme.

Pour la campagne 2026-2027, le gouvernement ivoirien a arrêté le prix à 1 200 FCFA/kg, soit 1,2 million de FCFA la tonne. Une décision qui intervient après le recul des cours internationaux et dans un contexte où des volumes avaient déjà été vendus par anticipation. Le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a défendu ce choix en mettant en avant la nécessité de préserver l'équilibre de la filière. « Nous avons fait le choix de la vérité. Nous avons fait le choix de la responsabilité », a-t-il déclaré.

Pour le gouvernement ivoirien, l'enjeu consiste à maintenir une rémunération des producteurs compatible avec les capacités financières de la filière, tout en évitant des décisions qui pourraient fragiliser durablement le système de commercialisation du cacao.

Un écart qui inquiète sur les frontières
La principale interrogation concerne désormais les conséquences de ce différentiel sur les mouvements de cacao entre les deux pays. Les écarts de prix entre la Côte d'Ivoire et le Ghana ont déjà, par le passé, favorisé des flux informels de fèves à travers les frontières. Avec environ 900 FCFA de différence par kilogramme, le marché ghanéen présente actuellement une rémunération plus élevée pour les producteurs. Cette situation pourrait accroître l'attractivité du Ghana auprès des acteurs cherchant à tirer profit de l'écart de prix.

Le phénomène n'est pas totalement nouveau. En 2026, des acheteurs ghanéens avaient été accusés d'utiliser des fonds destinés à l'achat de cacao local pour acquérir des fèves ivoiriennes introduites clandestinement au Ghana. Ces pratiques avaient été observées dans un contexte où le prix payé aux producteurs ivoiriens était inférieur à celui appliqué au Ghana.

Si l'écart se maintient pendant toute la campagne 2026-2027, la Côte d'Ivoire pourrait donc être confrontée à une pression accrue sur les volumes commercialisés officiellement. Le risque dépendra cependant de l'évolution des cours mondiaux, des conditions d'achat dans les deux pays et de l'efficacité des contrôles frontaliers.

La traçabilité comme moyen de contrôle
Dans cette bataille pour préserver les circuits officiels, la traçabilité constitue désormais un outil essentiel. Le Ghana affirme avoir déployé son système national de traçabilité dans les zones productrices. En Côte d'Ivoire, le Système national de traçabilité et la carte du producteur sont devenus obligatoires depuis le 1er septembre 2026.

Ces dispositifs doivent permettre d'identifier l'origine des fèves, de suivre leur circulation et de détecter les anomalies dans les circuits de commercialisation. La campagne 2026-2027 sera ainsi un véritable test pour les deux filières. Au-delà de la différence de rémunération, elle permettra d'observer la capacité de la Côte d'Ivoire et du Ghana à maintenir leurs volumes dans les circuits officiels, à protéger les producteurs et à limiter les transferts clandestins de cacao à travers leur frontière commune.

Prince Beganssou
source : afriksoir.net

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