Côte d'Ivoire : « Les usagers doivent être indemnisés en cas de coupure d'électricité » (Jean-Baptiste Koffi )

  • publiè le : 2026-03-23 12:58:59
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Côte d'Ivoire : « Les usagers doivent être indemnisés en cas de coupure d'électricité » (Jean-Baptiste Koffi )
Face aux coupures récurrentes d'électricité qui suscitent la colère des populations en Côte d'Ivoire, les organisations de défense des consommateurs sont parfois accusées de silence. Dans cet entretien, Jean-Baptiste Koffi, président de l'Union Fédérale des Consommateurs de Côte d'Ivoire (UFC-CI) et de la Confédération des Organisations des Consommateurs de Côte d'Ivoire (COC-CI), explique la stratégie privilégiée par les organisations de consommateurs, plaide pour une meilleure compréhension du fonctionnement du secteur de l'électricité et propose l'introduction d'un mécanisme de compensation basé sur le Temps moyen de coupure (TMC) afin de réparer les préjudices subis par les usagers.

Bonjour Président, les usagers du secteur de l'électricité sont mécontents. Certains passent les nuits dans leurs véhicules pour bénéficier de la fraicheur de la climatisation auto et charger leurs téléphones portables. D'autres décrient les ruptures de chaines de froid qui détruisent les aliments réfrigérés etc. La grogne est perceptible dans plusieurs communes d'Abidjan et dans certaines villes de l'intérieur de notre pays en raison des interruptions intempestives et régulières de la fourniture d'électricité. En tant que président des consommateurs êtes-vous informé de cette situation ?
Vous imaginez bien que nous sommes au fait de ces situations que nous déplorons et condamnons puisque nous sommes aussi usagers de l'électricité et vivons donc ces réalités récurrentes depuis quelques années. Effectivement comme chaque année au mois de mars, marqué par la forte chaleur, la question des coupures régulières de l'électricité a dominé encore les débats au cours de la célébration de la 43ème journée mondiale des droits du consommateur.

Président, vous l'avez dit vous-même. Vous êtes usagers de l'électricité, vous vivez les mêmes réalités que les populations, mais pourquoi est-ce qu'on ne vous entend pas ? Pourquoi vous ne lancez pas d'appel à manifester pour rétablir les consommateurs dans leurs droits ?
Je vous comprends, mais vous devez retenir une chose : la lutte pour les droits des consommateurs n'a pas vocation à se faire dans la rue. C'est faute d'interlocuteur que la rue s'impose comme dernier recours. Dans le cas de l'électricité, nous avons noté dans les rangs des consommateurs qu'il y avait beaucoup d'amalgame. Nous n'étions pas au même niveau d'information en terme connaissance de l'organisation et du fonctionnement du secteur de l'électricité. C'était un facteur limitant de notre combat qu'il fallait déjà résoudre afin que nous parlions tous d'une même voix et que nous ne nous trompions pas d'adversaire ou de cible.

Quelle a été donc votre approche pour surmonter cet obstacle ?
C'est la formation et la sensibilisation. Face aux passions, frustrations, colères légitimes, etc. exprimées par les usagers, la question de la récurrence des coupures d'électricité a été régulièrement aux programmes de nos différentes célébrations de la Journée mondiale des droits du consommateur (JMDC).

Quelles retombées pour ces différentes campagnes de sensibilisation président ?
Au départ, à chaque édition de la JMDC, la question de la récurrence des coupures d'électricité était sur toutes les lèvres aussi bien dans les échanges en plénière que les apartés entre consommateurs. Malgré la persistance des coupures, il y a désormais une réelle volonté de comprendre le pourquoi des coupures et faire des propositions de solution constructive.

A force de pédagogie, de présentation et d'explication du cadre réglementaire et institutionnel du secteur de l'électricité dans notre pays, les consommateurs dans leur grande majorité ont fini par comprendre par exemple, que la Compagnie Ivoirienne d'Electricité (CIE) n'avait aucun intérêt à couper la fourniture du courant à un usager qui paie régulièrement ses factures. La raison est très simple, la CIE est rémunérée sur la consommation d'électricité des usagers. En terme plus simple c'est une partie de l'argent que paient les usagers qui est reversée à CIE comme rémunération. En tant qu'opérateur économique qui aspire à faire du profit, la CIE ne peut donc pas se faire hara-kiri en coupant le courant aux usagers qui paient leurs factures.

Président, si la CIE est mise hors de cause, qui est donc responsable des coupures d'électricité que nous subissons ? Il faut bien que quelqu'un paie un jour pour les préjudices subit par les consommateurs ? C'est un peu trop facile non, président ?
Je ne suis pas dans une logique de dédouaner qui que ce soit. Je suis dans une démarche scientifique et logique qui permettra si vous me laisser finir de comprendre qu'il n'y a pas de raison que les torts subis par les usagers que nous sommes restent sans suite. Alors dans tous les systèmes électriques du monde, il existe ce qu'on appelle Le Temps Moyen de Coupure (TMC). Ce TMC est un indicateur de performance utilisé pour mesurer la durée moyenne des interruptions de fourniture d'électricité pour un client donné sur une période déterminée. Il est généralement exprimé en minutes par an. Le TMC prend en compte les coupures de courant programmées (travaux de maintenance, etc.) et non programmées (accidents, etc.). Il est calculé en divisant la somme des durées de coupure par le nombre de clients affectés.

Le TMC est donc un indicateur important pour les régulateurs et les fournisseurs d'électricité pour évaluer la qualité de service et identifier les axes d'amélioration. L'année dernière, 2025, le TMC en côte d'ivoire était de 18.82 heures. Comme indiqué plus haut, ce chiffre prend en compte à l'échelle nationale, aussi bien les coupures programmées que les coupures non programmées. Si ce chiffre à l'échelle national existe, il est dès lors possible de façon analytique de déterminer le TMC de chaque ménage ou client du secteur de l'électricité et envisager ainsi une réparation des torts à lui causé par l'interruption du courant.

Président, voulez-vous dire que, le droit à la répartition des torts subis par les usagers de l'électricité n'est pas prévu dans le code de l'électricité ivoirien ?
Selon la loi, les usagers ont droit à un service public d'électricité de qualité et peuvent demander réparation en cas de préjudice causé par une interruption de service. Généralement, il faut contacter la CIE pour signaler le problème et demander une réparation d'abord. C'est seulement faute de réaction que l'usager peut faire une réclamation auprès de l'Autorité Nationale de Régulation du secteur de l'Électricité (ANARE-CI). La saisie du tribunal est la dernière option. Et pour tout ce qui précède, il est important de noter que les usagers doivent prouver le préjudice subi et le lien de causalité entre la coupure d'électricité et le préjudice allégué.

Président, n'est-ce pas complexe à mettre en oeuvre toutes ces démarches ?
J'en conviens avec vous et c'est tout le sens de notre plaidoyer pour revisiter nos textes qui n'ont pas pris suffisamment en compte les intérêts des usagers. Selon nous, la démarche rappelée plus haut est fastidieuse et non adaptée à toutes les réalités que vivent les usagers. C'est pourquoi nous plaidons pour la prise en compte du TMC dans la réparation des torts aux usagers.

Monsieur Jean-Baptiste KOFFI, pouvez-vous mieux expliquer votre recours au TMC ?
Je veux dire que dès lors que le TMC prend en compte aussi bien les coupures programmées que les coupures accidentelles d'électricité, les usagers n'aurons plus besoin de produire une quelconque preuve de cause à effet. L'atteinte d'un niveau minimum de TMC à déterminer de commun accord doit ouvrir systématiquement droit à une réparation de tort pour celui par exemple, qui a été contraint de passer des nuits dans sa voiture pour fuir la chaleur de sa maison et jouir de la climatisation de sa voiture ou même charger son téléphone portable ; idem pour les personnes qui auraient vu leurs vivres se détériorer consécutivement à la rupture de la chaine de froid etc. Cette approche de notre point de vue est une question de justice sociale.

Président, de façon pratique, comment pourrait se faire cette réparation du tort subi ?
Nous n'avons pas la prétention d'avoir achevé toute la réflexion mais on peut bien explorer la voie de geste commercial en matière d'achat d'énergie ou toute autre forme. L'essentiel est de faire quelque chose pour apaiser les coeurs. L'analyse de cette option est plus qu'urgente pour nous défenseurs des droits de consommateurs car nous sommes en matière de service publique. Et ici, le droit à la réparation des torts du consommateur ne peut pas être une option mais une obligation. L'Etat doit donner l'exemple. Nous restons disponibles pour tout débat sur notre approche. Je vous remercie.
source : afriksoir.net

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