(Agence Ecofin) - Face à une explosion des effectifs scolaires et un déficit persistant de personnel qualifié, la Côte d'Ivoire intensifie ses efforts pour doter ses établissements d'enseignants formés.
Le gouvernement ivoirien poursuit sa politique de renforcement de l'éducation nationale. Le ministère de l'Éducation nationale et de l'Alphabétisation a officiellement lancé les épreuves du concours d'entrée direct à l'École normale supérieure (ENS) pour la session 2026, d'après une publication sur ses réseaux sociaux le dimanche 3 mai.
Au total, 24 185 candidatures ont été validées pour 3225 places ouvertes à la Fonction publique. Le ratio est révélateur : sept candidats se disputent chaque fonction disponible. Cet engouement illustre à la fois l'attractivité du statut de fonctionnaire et la pression croissante d'une jeunesse diplômée en quête d'insertion stable.
Trois profils, trois épreuves
Selon le communiqué officiel du ministère, les épreuves écrites s'organisent en séquences distinctes. Les 2998 candidats au concours de professeurs de lycée ouvrent le bal pour 1275 postes. Suivent les 7830 candidats au concours de professeurs de collège pour 1800 postes. Les 13 357 candidats au poste d'éducateur, eux, composent les 9 et 10 mai pour seulement 150 places. Ce dernier profil affiche de loin le taux de sélection le plus sévère, avec près de 89 candidats par poste.
Le gouvernement souligne que « cet engouement confirme l'importance stratégique du métier d'enseignant et le rôle central de l'école dans le développement de notre pays ». Les résultats d'admissibilité sont attendus fin juin. Les épreuves orales se tiendront en juillet, pour une proclamation des résultats définitifs à la mi-juillet 2026.
Une initiative pensée pour combler un déficit persistant
L'enjeu va bien au-delà de la seule sélection académique. Les admis suivront deux années de formation à l'ENS avant leur prise de fonction. Dès la prochaine rentrée, 2337 enseignants et 3 435 stagiaires viendront renforcer les effectifs dans les établissements scolaires, précise le ministère. Cette injection de ressources humaines répond à une urgence bien documentée.
En février 2025, la ministre Mariatou Koné avait annoncé un recrutement exceptionnel de 2855 enseignants contractuels, destiné à réduire les déficits et les disparités entre les régions. Le Programme social du gouvernement prévoyait par ailleurs le recrutement de 23 901 enseignants pour le préscolaire et le primaire entre 2022 et 2024, ainsi que 11 508 postes pour le premier cycle du secondaire sur la même période.
La session 2026 du concours d'entrée à l'ENS intervient alors que le système éducatif ivoirien reste sous une pression considérable. Dans le secondaire général, les effectifs d'élèves ont bondi de 1,9 à 3,2 millions entre 2017-2018 et 2024-2025, soit une hausse de 67,1 %. La demande dépasse largement les capacités disponibles. Sur la même période, le nombre d'établissements secondaires a plus que doublé, passant de 1 778 à 3 901, tandis que 76,6 % d'entre eux restent privés et concentrés en milieu urbain.
En zone rurale, la pénurie persiste. Le taux d'achèvement au premier cycle du secondaire n'atteignait que 68,9 % en 2022, contre 34,5 % en 2012, un progrès réel mais insuffisant face à la croissance démographique. Les taux de réussite aux examens restent, eux, préoccupants. En 2024, le taux de réussite au BEPC s'établissait à 40,18 % et celui au baccalauréat à 34,17 %, révélant une tension persistante entre quantité et qualité.
Félicien Houindo Lokossou
source : agenceecofin.com