Dévoilé le 25 juin dernier, le « Pacte social » du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI), dirigé par Laurent Gbagbo, se veut une alternative politique fondée sur sept piliers, avec pour ambition de bâtir une Côte d'Ivoire « où aucun citoyen ne sera oublié ». Mais pour les Jeunes cadres du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (JCRHDP), ce document comporte des propositions déjà mises en oeuvre, des affirmations contestables et des contradictions.
Pour étayer leurs critiques, les JCRHDP disent avoir soumis le document du PPA-CI à un examen systématique. « Nous avons d'abord procédé à une lecture systématique du livret du PPA-CI afin d'en extraire tous les éléments susceptibles d'être vérifiés ou comparés », a expliqué Thiékoro Doumbia, coordonnateur des JCRHDP. Selon lui, cette analyse a porté sur 76 propositions, comprenant les piliers, les orientations et les mesures urgentes, ainsi que sur 25 affirmations relatives à la situation passée et actuelle du pays. Les éléments recensés ont été confrontés à des données jugées vérifiables, notamment des publications gouvernementales, des statistiques publiques, des textes officiels, des rapports de partenaires techniques et financiers et des évaluations d'agences de notation. La presse a été utilisée en complément. L'objectif affiché par les jeunes cadres du RHDP est de distinguer, dans le discours politique du PPA-CI, les propositions programmatiques, les interprétations et les faits susceptibles d'être objectivement vérifiés.
Des mesures jugées déjà mises en oeuvre
À l'issue de cet examen, les JCRHDP estiment que plusieurs propositions présentées par le PPA-CI comme des mesures nouvelles correspondent à des dispositifs déjà existants. Ils citent notamment la Couverture maladie universelle (CMU), les mécanismes liés à l'accès aux services bancaires, le soutien aux jeunes entrepreneurs et les programmes d'autonomisation économique des femmes. Pour cette formation politique proche du pouvoir, le projet porté par Laurent Gbagbo donne ainsi l'impression de vouloir instaurer des mécanismes qui fonctionnent déjà en Côte d'Ivoire. Une lecture que le PPA-CI pourrait toutefois contester en mettant en avant les insuffisances de ces dispositifs ou la nécessité de les réformer et de les renforcer.
Sur la question de l'école obligatoire, les JCRHDP rappellent que cette disposition a été instituée par la loi du 17 septembre 2015, qui rend la scolarisation obligatoire pour les enfants âgés de 6 à 16 ans. Ils soutiennent que cette réforme n'avait pas été consacrée par la loi avant cette date et affirment que Laurent Gbagbo avait lui-même évoqué les difficultés liées au manque d'infrastructures scolaires. Les jeunes cadres du RHDP mettent également en avant les réalisations enregistrées entre 2011 et 2024, période durant laquelle, selon leurs chiffres, 100 000 enseignants ont été recrutés et 296 collèges de proximité construits. Ces données sont mobilisées pour défendre le bilan des gouvernements successifs sous la présidence d'Alassane Ouattara.
Santé, dette et pauvreté au coeur de la controverse
Le secteur de la santé constitue un autre point de désaccord entre les deux formations politiques. À l'affirmation du PPA-CI selon laquelle les hôpitaux seraient privatisés, les JCRHDP opposent des chiffres relatifs à l'offre de soins et à l'accès aux services sanitaires. Ils avancent notamment l'existence de 1 139 établissements sanitaires de premier contact, indiquent que 82 % de la population vit à moins de cinq kilomètres d'un centre de santé et font état de 21 centres d'hémodialyse en activité à Abidjan. Ils évoquent également près de 27 millions de personnes enrôlées à la Couverture maladie universelle.
Ces indicateurs sont présentés par les JCRHDP comme des éléments contredisant la lecture du PPA-CI. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à trancher la question de la privatisation des établissements de santé, qui nécessite notamment de préciser leur statut juridique, leur mode de gestion et la nature des partenariats éventuels. Les divergences portent également sur la situation économique du pays, notamment la dette publique et la pauvreté. Sur la dette, les JCRHDP affirment qu'à la fin de l'année 2010, l'encours atteignait 7 542 milliards de FCFA. Ils évoquent également un défaut de paiement sur un emprunt international en 2011 pour illustrer les difficultés financières héritées de cette période.
À travers ces différents exemples, les jeunes cadres du RHDP entendent mettre en évidence ce qu'ils considèrent comme des écarts entre les déclarations du PPA-CI et les données disponibles. Ils reprochent ainsi au parti de Laurent Gbagbo de privilégier des annonces politiques sans suffisamment tenir compte des politiques publiques déjà engagées.
Bacongo Cissé salue le travail des jeunes cadres
Le secrétaire exécutif du RHDP, Cissé Bacongo, a salué le travail réalisé par les JCRHDP, qu'il a qualifié de « travail précis et de qualité ». À cette occasion, il a reçu un exemplaire du document présentant leur analyse du « Pacte social » du PPA-CI. Pour le responsable du RHDP, les transformations enregistrées depuis 2011 sous la présidence d'Alassane Ouattara témoignent des progrès réalisés dans plusieurs secteurs. Il a notamment cité l'extension de l'accès à l'électricité, la construction d'écoles et de centres de santé de proximité, l'élargissement de la couverture maladie et les dispositifs d'accompagnement des jeunes. « Depuis 2011, sous l'impulsion du Président Alassane Ouattara, notre pays a profondément changé », a-t-il déclaré.
Tout en défendant le bilan du pouvoir en place, Cissé Bacongo a reconnu que des efforts restaient à accomplir. « Nous ne prétendons pas que tout est achevé. Nous voulons aller plus loin et plus vite », a-t-il affirmé. Il a enfin appelé à un débat politique davantage orienté vers les solutions proposées, leur faisabilité et les moyens nécessaires à leur mise en oeuvre. Cette confrontation autour du « Pacte social » illustre ainsi les divergences entre le PPA-CI et le RHDP sur les priorités nationales, l'évaluation des politiques publiques et les réponses à apporter aux préoccupations des populations. Au-delà des critiques partisanes, la solidité des arguments avancés dépendra notamment de la vérification des chiffres, de la précision des comparaisons et de la capacité de chaque camp à démontrer la faisabilité de ses propositions.
Afriksoir
source : afriksoir.net