Cette année, la Coupe du monde aura de nouvelles règles. La Fifa, représentée par l'arbitre international Pierluigi Collina a présenté les nouveautés qui font leur entrée dans les "Lois du jeu". Les équipes ont eu connaissance de ces changements dix jours avant le début de la compétition, qui se tiendra du 11 juin au 19 juillet, au Mexique, aux États-Unis et au Canada.
L'objectif est de limiter les gains de temps et de renforcer l'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR). Deux avancées qui permettront de commettre "moins d'erreurs, qu'il y ait plus de jeu et plus de fluidité dans le jeu", analyse Bruno Derrien, ancien arbitre international interrogé par TV5MONDE.
"Ça en fera réfléchir certains"
La première ambition de la Fifa est de couper court à une nouvelle tendance, popularisée notamment par Arsenal cette saison, qui consiste à gratter tout le temps possible au chronomètre. Ainsi, pour le Mondial, un remplacement devra se faire en 10 secondes, sinon le remplaçant devra attendre le prochain arrêt de jeu pour rentrer. Cette nouvelle règle a déjà été appliquée pendant le match amical Japon - Islande, le 31 mai dernier.
Un gardien aura cinq secondes pour jouer un six mètres, sinon la remise en jeu se transformera en corner. Même idée pour les touches, qui reviendront à l'équipe adverse si elles ne sont pas jouées assez rapidement. "Si manifestement ils se passent le ballon à deux ou trois avant que la touche ne se fasse, eh bien elle ira dans l'autre sens. Et je pense que ça en fera réfléchir certains, et c'est normal", avertit l'arbitre retraité.
Si certains trouvent que ces nouvelles règles sont trop strictes, Bruno Derrien est, lui, catégorique: "Il y a eu un bilan qui a été fait, on ne joue pas suffisamment, il y a trop d'arrêts. Il faut donc mettre un stop à tout ça et ça passe par des mesures draconiennes pour inciter à ce que le jeu reprenne plus vite et qu'il y ait moins de gain de temps".
Lors de la finale de la Ligue des Champions, remportée par le Paris Saint-Germain, les Gunners d'Arsenal se sont particulièrement illustrés dans l'adoption de cette stratégie de gain de temps après avoir ouvert le score, ce qui a provoqué un tollé chez les supporters. "Tout ça, ça énerve tout le monde. Ça énerve l'équipe adverse, le public, ça crée un mauvais esprit", abonde l'ancien officiel de la Fifa. Selon lui, il faut être strict "dès le départ et ne pas attendre la 83e pour sanctionner un gardien qui met trop de temps à dégager. C'est de l'anti-jeu et ce n'est pas acceptable".
Carton pleins
Autre grand chantier de la Fifa: dissuader les comportements déviants. Deux grands exemples ont notamment marqué le début de l'année 2026: les joueurs sénégalais qui ont quitté le terrain pendant la chaotique finale de la CAN 2025 face au Maroc et le Brésilien Vinicius Jr. qui, avec le Real Madrid en Ligue des Champions face au Benfica Lisbonne, a assuré avoir reçu des insultes racistes de la part de Gianluca Prestianni, proférées la bouche cachée par la main de l'Argentin.
Pour le premier exemple, qui a valu au Sénégal la déchéance du titre de Champion d'Afrique, la Fifa décrète désormais que tout joueur quittant le terrain sans l'accord de l'arbitre se verra sanctionné d'un carton rouge direct. "Jusqu'à présent, quitter le terrain sans l'accord de l'arbitre, c'est un carton jaune. Là, c'est clairement pour éviter ce qu'il s'est produit à la CAN", réagit Bruno Derrien.
Concernant les insultes: si une altercation éclate entre des joueurs et que l'un d'eux se cache la bouche pour ne pas être entendu ou lu sur les lèvres, il écopera d'un carton rouge direct. Une mesure elle aussi dissuasive, visant à assurer un bon état d'esprit sur les pelouses. "Des altercations entre des joueurs sur le terrain, ça a toujours existé. Mais quand ce sont des propos racistes, ça n'a pas lieu d'être", appuie l'ancien arbitre.
Selon le média français TF1 Info, un assouplissement va aussi entrer en vigueur. La remise à zéro du compteur des cartons jaunes pour un joueur se fera deux fois: à la fin de la phase de groupes et à l'issue des quarts de finale, contre une seule fois auparavant. Ce qui pose question sur la propreté du jeu, les joueurs étant donc moins dissuadés de commettre des fautes. "Ça n'incite pas à la réserve", estime Bruno Derrien.
La VAR renforcée
La VAR continue sa percée et sera encore davantage utilisée. Par exemple, si un joueur écope d'un deuxième carton jaune, les assistants pourront revisionner les actions pour être certain que le carton est attribué à la bonne personne et qu'il est mérité. Si un doute existe sur un corner, la VAR peut être consultée aussi, à condition que cela ne perturbe pas trop longtemps la reprise du jeu.
Concernant les hors-jeu, une technologie de détection déjà existante sera poussée. Aujourd'hui, elle permet de détecter automatiquement un hors-jeu de 50 cm. Pendant le Mondial, elle pourra repérer les hors-jeu de 10cm. Bruno Derrien assure que, de nos jours, ce genre de technologie est "chirurgical".
Finalement, ces nouvelles règles vont dans le sens d'un jeu moins entrecoupé, qui devrait déboucher sur des matchs dynamiques. "Mais il y aura toujours des polémiques, c'est inhérent à la compétition. Est-ce qu'il y a penalty ou pas? Est-ce qu'il y a vraiment hors-jeu alors que c'est ric-rac... Il y a des situations où c'est blanc et c'est blanc. Parfois c'est noir et c'est noir. Mais quand c'est gris, il faut quand même prendre une décision", prévient l'ancien arbitre international. La bonne foi des supporters est un principe bien connu du football.
source : tv5monde.com