Le Premier ministre du Sénégal Ousmane Sonko a condamné l'intervention militaire américaine contre l'Iran devant les militants de son parti, le Pastef. Le chef du gouvernement sénégalais n'a pas caché son inquiétude sur les conséquences économiques et sociales que pourrait entraîner ce conflit pour son pays et pour le continent.
C'est une rencontre qui est habituelle, entre les militants du Pastef et le chef du parti et de gouvernement. Ousmane Sonko était attendu sur sa relation politique avec le président Bassirou Diomaye Faye. Mais la guerre contre l'Iran a rattrapé l'agenda du Premier ministre. "Nous sommes dans une situation où un pays (les États-Unis) peut se donner le droit à tout moment de kidnapper des présidents, peut décider de frapper d'autres pays, de tuer d'assassiner des dirigeants. C'est déplorable et il faut le condamner".
La crainte d'un embrassement régional voire mondiale est réelle selon Ousmane Sonko. "Ceci est extrêmement grave et tout l'équilibre du monde qui a été conçu ces 50 dernières années s'en trouve compromis", ajoute le Premier ministre. Cette condamnation de la part du Premier ministre renvoie au communiqué de l'Union africaine bien plus prudent.
L'Union africaine avait appelé ce 28 février à une "désescalade urgente" pour éviter "d'aggraver l'instabilité mondiale" sans condamner explicitement l'intervention américaine en Iran. La Cédéao dans un communiqué publié le lundi 2 mars estime que ce conflit présentre de "graves conséquences pour la paix et la sécurité internationale en général et les marchés mondiaux de l'énergie, le commerce et les chaînes d'approvisionnement alimentaire, en particulier pour l'Afrique et d'autres régions vulnérables".
Le chef du gouvernement sénégalais abonde dans le même sens et craint lui aussi un choc économique pour son pays. Devant les militants du Pastef Ousmane Sonko a présenté les enjeux. "30 à 40% des hydrocarbures mondiaux passent par ce détroit, et les conséquences pour tous les pays, dont le Sénégal, dont la consommation en produits pétroliers dépend de ces trafics-là seront très importantes."
Le Sénégal est certes devenu depuis 2024 un producteur de pétrole avec le gisement offshore de Sangomar qui tourne autour de quelque 30 millions de barils de brut par an. Mais le pays possède des capacités de raffinage très limitées et doit importer son carburant. Le gouvernement sénégalais craint dans cette crise des répercutions sur les prix alimentaires pour la population sénégalaise.
Environ 33 % des engrais mondiaux, y compris le soufre et l'ammoniac, transitent par le détroit d'Ormuz, couloir étroit bordé par l'Iran et Oman, selon le cabinet d'analyse Kpler. Une large partie de ces intrants est produit en utilisant massivement du gaz ou du pétrole. Ces fertilisants ont des destinations diverses: Inde, Chine ou Brésil, mais aussi des pays africains comme le Sénégal.
Le gouvernement sénégalais prédit donc une augmentation des prix mondiaux des céréales. Et le Sénégal reste encore très dépendant des importations pour des produits comme le riz blanc ou le blé, base de la consommation alimentaire chez les ménages sénégalais. En outre, plus de 41% des terres agricoles au Sénégal sont utilisées pour la culture de l'arachide, culture où les engrais sont employés.
Le gouvernement sénégalais a annoncé la commande d'un audit complet sur les stocks de farine, de blé, de riz et d'engrais. En 2022, le continent africain avait connu une hausse sensible des prix des céréales avec le déclenchement de la guerre en Ukraine. La Russie et l'Ukraine représentaient alors plus de 30% de la production mondiale de blé. Le continent avait échappé de peu à une grave crise alimentaire.
source : tv5monde.com