Les élections législatives en Côte d'Ivoire se tiennent ce samedi 27 décembre. Les candidats ivoiriens tentent de mobiliser la jeunesse. Elle représente 77% de la population, mais se montre de plus en plus méfiante envers la politique traditionnelle. "Les intérêts personnels font que les personnes en qui on met nos espoirs nous trompent parfois" explique un étudiant à TV5MONDE.
Le 8 décembre dernier, lors de sa prestation de serment, le président Alassane Ouattara a lancé une promesse qui a résonné dans tout le pays. "Le mandat sera aussi celui de la transmission générationnelle, déclarait-il. Ce sera pour moi et pour notre nation un acte de responsabilité et de maturité politique."
Cette promesse laisse sceptiques de nombreux jeunes Ivoiriens. Si cette transmission paraît encore lointaine, la campagne des législatives est néanmoins perçue par certains comme une occasion de faire entendre leur voix.
Selon les sociologues, la violence liée au processus électoral depuis 1990 a découragé de nombreux jeunes de s'engager dans les grands partis. "Ils considéraient que ces partis-là ont été responsables de la situation, explique le sociologue Abdourahmane Barry. Donc ils décident de ne pas être encartés, d'y aller avec leurs moyens, avec leur profil, pour pouvoir séduire l'électorat qui a peut-être besoin de voir de nouveaux profils."
Comment s'impliquer politiquement quand les besoins fondamentaux comme l'éducation, la santé, le logement ou l'accès à l'emploi ne sont toujours pas suffisamment pris en compte? Cette question hante une génération qui peine à se projeter dans l'avenir.
Des candidatures indépendantes en réaction aux partis traditionnels
À 32 ans, Issoufou Ouattara incarne cette nouvelle génération qui veut bousculer l'ordre établi. Ancien étudiant de l'université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, il a choisi de se présenter comme candidat indépendant dans la circonscription d'Aniama.
"Parce que nous avons des problèmes, il est important que nous-mêmes nous venions traiter nos problèmes, pour trouver des solutions", explique-t-il en sillonnant son territoire avec des moyens limités: quelques affiches et des spécimens de bulletins de vote fournis par la commission électorale.
Son engagement illustre une tendance de fond: face à des partis politiques qui ont perdu de leur attrait, certains jeunes choisissent la voie indépendante pour séduire un électorat en quête de renouveau.
L'université, un vivier politique en déclin
Il n'y a pas si longtemps, l'université de Cocody était un haut-lieu de l'engagement politique, notamment grâce à la FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire), qui a formé plusieurs figures politiques du pays. Mais après une dérive mafieuse et criminelle, le syndicat a été dissous par les autorités.
Aujourd'hui, la politique fait moins bouger les foules sur les campus. "Quand je vois des personnes comme M. Charles Blé-Goudé qui ont fait la FESCI, ça m'inspire", confie Jean-Marc Tuo, étudiant en Licence 3 de Géographie. "Mais mon souci, c'est qu'il faut qu'on laisse les intérêts (personnels) de côté. Parce que les intérêts font que les personnes en qui on met nos espoirs nous trompent parfois."
Le défi de la représentativité
Avec 255 députés à élire à l'Assemblée nationale ce vendredi 27 décembre, la question reste entière: combien d'entre eux représenteront réellement cette jeunesse ivoirienne qui constitue plus des trois quarts de la population ?
Entre promesses de transmission générationnelle et réalité du terrain, l'écart reste considérable. Si les anciens leaders des années de crise ne mobilisent plus les foules et qu'une partie de la jeunesse s'est détournée du militantisme traditionnel, les candidatures indépendantes pourraient constituer une alternative. Reste à savoir si elles parviendront à transformer l'essai et à donner une voix à cette génération en quête de changement.
source : tv5monde.com