Jean-François Kouassi, nouvelle voix critique de la jeunesse ivoirienne, a été condamné ce lundi 26 janvier à quinze jours de prison ferme, huit mois de prison avec sursis et une amende de 500.000 FCFA, par le Tribunal de première instance d'Abidjan. Une peine qu'il a déjà effectuée, d'où sa libération ce mardi 27 janvier. Il avait été interpelé le 8 janvier dernier, après avoir organisé un sit-in devant le ministère de la Fonction publique, pour dénoncer "la corruption" qui s'y pratique. Une condamnation rapide qui illustre les tensions entre pouvoir et société civile en Côte d'Ivoire.
Président du Mouvement des jeunes de Côte d'Ivoire (MJCI), Jean-François Kouassi est une figure militante connue aujourd'hui pour ses critiques virulentes contre la mauvaise gouvernance en Côte d'Ivoire. Il dénonce régulièrement "la politisation de l'administration publique, le népotisme et la corruption". Il s'élève aussi contre l'opacité qui règne dans l'organisation des concours administratifs, et accuse le ministère de la Fonction publique, ainsi que les Douanes, de favoritismes et de pratiques opaques.
Arrestation et condamnation rapide de Jean-François Kouassi
Le 8 juin dernier, lors d'un sit-in qu'il avait organisé devant le ministère de la Fonction publique à Abidjan, Jean-François Kouassi a été interpellé en fin de journée. Ce jour-là, le leader du Mouvement des jeunes de Côte d'Ivoire entendait dénoncer les irrégularités et autres pratiques "peu recommandables" dans l'organisation des concours des douanes. Son arrestation faisait aussi suite à une publication sur les réseaux sociaux, dans laquelle il critiquait l'accès inéquitable aux concours dans la fonction publique.
Placé en garde en vue à la Préfecture de police du quartier du Plateau, dans le sud de la ville d'Abidjan, il est transféré à la Préfecture d'Abobo, au nord de la ville. Sa détention est prolongée jusqu'au 12 janvier, date à laquelle il est présenté au parquet. Dans un communiqué publié sur sa page Facebook le même jour, le cabinet du président du MJCI affirme qu'il est accusé de "trouble à l'ordre public, diffamation, divulgation de fausses informations sur les réseaux sociaux et dénonciation calomnieuse".
Après sa comparution, Jean-François Kouassi est placé sous mandat de dépôt en attendant son procès. Le ministère public a en effet estimé que les actions du jeune leader risquaient de perturber l'ordre public, et de nuire à la réputation de certaines personnes impliquées dans les procédures relatives aux concours. Ses avocats et son entourage dénoncent alors une instrumentalisation judiciaire, et appellent à la mobilisation pacifique. Et finalement, ce lundi 26 janvier, à l'issue de son procès, le président du Mouvement des jeunes de Côte d'Ivoire a été condamné à une peine de quinze jours de prison ferme, huit mois de prison avec sursis et 500.000 CFA d'amende.
Un contexte socio-politique de plus en plus tendu
L'arrestation et la condamnation rapide du jeune leader Jean-François Kouassi, soulèvent des questions quant à la liberté d'expression et le droit à la critique politique en Côte d'Ivoire, surtout dans un contexte politique de plus en plus tendu. L'affaire Kouassi s'inscrit effectivement dans une dynamique de contestation plus large, où plusieurs activistes et figures de l'opposition sont poursuivis pour des motifs similaires, et ce dans un climat de durcissement des restrictions concernant les manifestations.
Le président Alassane Ouattara a été réélu pour un quatrième mandat en octobre 2025, avec 89,77% des voix, dans un scrutin marqué par l'exclusion des principaux opposants - Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Charles Blé Goudé ou encore Guillaume Soro. Cette exclusion a été perçue comme une manoeuvre destinée à affaiblir l'opposition, et surtout garantir une victoire écrasante du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Ce dernier a également largement remporté les législatives de décembre 2025, consolidant son emprise sur les institutions.
L'opposition est affaiblie et divisée, avec des leaders comme Laurent Gbagbo du Parti des peuples africains - Côte d'Ivoire (PPA-CI) et Tidjane Thiam du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), exclus des scrutins pour des motifs judiciaires ou administratifs. Par ailleurs, le gouvernement a durci les règles encadrant les manifestations, invoquant la sécurité nationale et l'ordre public. Dans le même temps, la jeunesse ivoirienne exprime notamment une demande de transparence, d'emploi et de lutte contre la corruption.
Avec son Mouvement des jeunes de Côte d'Ivoire, Jean-François Kouassi cherche à fédérer les jeunes autour de revendications sociales et politiques, en particulier la transparence dans les concours administratifs et la lutte contre la corruption. Il s'était présenté comme le « candidat de la jeunesse » lors de la présidentielle d'octobre 2025, mais sa candidature a été rejetée pour non-respect de la limite d'âge. Aujourd'hui, Jean-François Kouassi incarne une nouvelle génération de militants qui refusent le statu quo, et veulent une alternance pacifique.
source : tv5monde.com