DÉGUERPISSEMENTS À GESCO : DEUX ANS APRÈS, LES VICTIMES RÉCLAMENT TOUJOURS RÉPARATION

  • publiè le : 2026-06-25 11:36:45
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DÉGUERPISSEMENTS À GESCO : DEUX ANS APRÈS, LES VICTIMES RÉCLAMENT TOUJOURS RÉPARATION
Deux ans après avoir été déguerpis du quartier Gesco, dans la commune de Yopougon, les victimes disent ne toujours pas avoir obtenu satisfaction. Lors d'une conférence de presse tenue le mardi 23 juin 2026 à Yopougon, le Collectif des victimes des déguerpissements des cités Éden, Pays-Bas et d'autres sous-quartiers de Gesco a exprimé son mécontentement.

Selon les responsables du collectif, les démolitions réalisées au début de l'année 2024 ont entraîné la destruction de nombreuses habitations. Ils affirment que plusieurs occupants disposaient pourtant de documents administratifs, notamment des Arrêtés de concession définitive (ACD), ou avaient engagé des démarches régulières pour la sécurisation de leurs terrains.

Un bilan humain et matériel jugé alarmant
La conférence de presse animée par Rose Koné, membre du collectif et elle-même victime des déguerpissements, habitante de Gesco depuis l'âge de 26 ans, elle a dressé un tableau sombre de la situation que vivent les familles affectées. Rose Koné affirme qu'aucun représentant de l'État n'est revenu vers les victimes depuis les démolitions. Selon la membre du collectif, ni le District autonome d'Abidjan, ni l'État central, ni la municipalité de Yopougon, ni le ministère de la Solidarité nationale n'ont apporté de réponse concrète à leur situation.

Selon elle, les promesses d'indemnisation se sont progressivement évanouies. Elle déplore que l'aide accordée à certaines familles se limite à une allocation unique de 250 000 FCFA. « Comment une telle somme pourrait-elle compenser la perte d'un patrimoine immobilier bâti sur plusieurs décennies et évalué à plusieurs millions de francs CFA ? », s'est-elle interrogée.

À en croire les membres du collectif, les conséquences des déguerpissements vont bien au-delà des pertes financières. Ils évoquent notamment la destruction partielle de la cité immobilière Éden, de plus de 200 concessions ainsi que d'un établissement scolaire qui accueillait plus de 1 000 élèves. Le collectif affirme également que trois décès ont été enregistrés parmi les victimes depuis les démolitions et que plusieurs familles continuent de vivre dans des conditions précaires.

Une bataille judiciaire engagée contre le District autonome d'Abidjan
Face à cette situation, le collectif a décidé de saisir la justice. Selon Rose Koné, les responsables du District autonome d'Abidjan affirment ne pas être engagés dans cette opération de déguerpissement, une position que contestent les victimes.

Les membres du collectif ont ainsi assigné le District autonome d'Abidjan devant le Tribunal de première instance de Yopougon afin d'obtenir réparation des préjudices subis. Toutefois après les audiences des 16 avril, 4 mai et 21 mai 2026, ils attendent désormais la prochaine audience fixée au jeudi 25 juin 2026. Les victimes espèrent que cette nouvelle étape permettra de faire avancer leur dossier et de faire reconnaître leurs droits après plus de deux années d'attente.

« Gesco n'était pas une zone à risque »
Président du Collectif des victimes de Gesco, Gbanan Goro Marcelin soutient que le quartier ne constituait en aucun cas une zone à risque. Selon lui, les démolitions ont plutôt contribué à dégrader les conditions de vie dans le secteur. « Après les destructions, le quartier est devenu un vide et les agressions s'accumulent. Pendant deux ans, rien n'a été donné aux véritables victimes », a-t-il affirmé. Il estime notamment que les opérations ont dépassé les limites initialement prévues. « Le déguerpissement devait concerner 50 mètres, mais près de 500 mètres ont été détruits », a-t-il dénoncé. Il rappelle que plusieurs victimes sont aujourd'hui des retraités qui ont consacré une grande partie de leur vie au service de la nation.


Le collectif rappelle par ailleurs que Gesco figurait dans le Projet des quartiers restructurés d'Abidjan (PQRA), un programme estimé à plus de 32 milliards de francs CFA et soutenu par des partenaires internationaux en vue d'améliorer le cadre de vie des populations. Les victimes regrettent que ce projet n'ait finalement pas abouti comme prévu. Rose Koné a lancé un appel aux autorités ivoiriennes. « Nous ne sommes pas des étrangers, mais des Ivoiriens comme vous. Nous avons besoin de l'aide de l'État », a-t-elle plaidé. Elle espère qu'une solution juste sera trouvée pour les familles affectées par les déguerpissements.

Marie France KOSSONOU
source : linfodrome.com

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