Le ministère de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle entend renforcer la recherche scientifique et l'encadrement de la médecine traditionnelle en Côte d'Ivoire. Cette orientation a été au coeur de la célébration de la 24è Journée africaine de la médecine traditionnelle, organisée mercredi 28 octobre 2026 à l'Institut national de santé publique (INSP), à Abidjan-Plateau, par le Programme national de promotion de la médecine traditionnelle (PNPMT).
Placée sous le thème « Réflexion sur les efforts de recherche et de développement de la médecine traditionnelle en vue de la réalisation de la couverture sanitaire universelle dans la Région africaine », cette rencontre a réuni des praticiens, des universitaires, des chercheurs et des acteurs du système sanitaire autour des perspectives de valorisation du patrimoine thérapeutique africain.
Prenant la parole au nom des praticiens, Mamadou Ouattara, président de l'Organisation nationale des praticiens de médecine traditionnelle de Côte d'Ivoire (ONPMT-CI), a insisté sur la nécessité de concilier les connaissances héritées des ancêtres avec les exigences de la recherche scientifique.
« Le thème qui nous rassemble cette année résonne comme un appel solennel à l'action, celui de lier désormais l'héritage de nos ancêtres aux exigences de l'évidence scientifique pour le bien-être de nos populations », a-t-il déclaré.
Selon lui, la place occupée par la médecine traditionnelle dans les habitudes de soins en Afrique justifie une meilleure prise en compte de cette pratique dans les politiques sanitaires. Rappelant que, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 80 % de la population d'Afrique subsaharienne y recourt en première intention, il a estimé que la couverture sanitaire universelle ne pouvait ignorer cette réalité.
Toutefois, Mamadou Ouattara a souligné que l'intégration de la médecine traditionnelle dans le système de santé nécessitait davantage de rigueur, ainsi qu'un partage des connaissances entre les différents professionnels. Il a notamment salué la participation des universitaires et des chercheurs, dont l'expertise est essentielle, selon lui, pour transformer les recettes traditionnelles en médicaments améliorés, sûrs et scientifiquement validés.
Le président de l'ONPMT-CI a également appelé les praticiens à renforcer leur collaboration avec les professionnels de la médecine conventionnelle et à respecter les directives des autorités sanitaires. Il a, par ailleurs, dénoncé les pratiques des personnes qu'il a qualifiées de charlatans, estimant qu'elles nuisent à la crédibilité de la profession.
Le PNPMT identifie trois priorités
Pour sa part, le directeur coordonnateur du Programme national de promotion de la médecine traditionnelle, le docteur Kroa Éhoulé, a rappelé l'importance de cette médecine pour de nombreuses communautés, notamment en raison de son accessibilité géographique, de son ancrage socioculturel et de la richesse de la pharmacopée africaine.
Il a cité plusieurs domaines dans lesquels elle représente un recours important, notamment la santé maternelle et infantile, la santé mentale et la prise en charge de certaines maladies infectieuses.
« Comment transformer les connaissances et pratiques issues de notre médecine traditionnelle en solutions de santé sûres, efficaces et scientifiquement documentées au bénéfice de nos populations ? », s'est-il interrogé.
Pour répondre à cette préoccupation, le responsable du PNPMT a présenté trois axes prioritaires : la recherche et le développement, la normalisation et la professionnalisation des praticiens, ainsi que l'intégration progressive et encadrée de la médecine traditionnelle dans le système national de santé.
Le premier axe concerne le renforcement des relations entre les praticiens, les universités et les centres de recherche, afin de développer des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle. À ce niveau, le docteur Kroa Éhoulé a identifié la construction et l'équipement de l'Institut national de recherche en médecine traditionnelle comme un défi majeur.
Le deuxième axe porte sur l'amélioration des compétences des praticiens et de la qualité des produits proposés aux populations. Il a également évoqué la mise en place d'outils de codification et de nomenclature des prestations, susceptibles de faciliter leur reconnaissance et leur éventuelle prise en charge par les assurances.
Enfin, le troisième axe vise à favoriser une collaboration plus étroite entre les praticiens traditionnels et les professionnels de la médecine conventionnelle, notamment à travers des mécanismes de référence des patients et une évaluation rigoureuse des prestations.
Le directeur coordonnateur du PNPMT a également présenté plusieurs avancées enregistrées dans la structuration du secteur en Côte d'Ivoire. Il a notamment cité l'existence d'un cadre législatif, la publication de deux tomes de la pharmacopée officielle, ainsi que l'accréditation d'une vingtaine d'unités de production auprès de l'autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique.
Selon ses indications, 14 produits issus de la pharmacopée traditionnelle ont été homologués. Une base de données nationale recense par ailleurs plus de 18 000 praticiens de médecine traditionnelle, dont certains collaborent avec les programmes de santé.
Malgré ces avancées, le responsable a estimé que des efforts restaient nécessaires pour améliorer l'organisation de la filière et renforcer la qualité des soins. Il a notamment invité les responsables des établissements sanitaires modernes à envisager l'ouverture d'unités de soins mixtes, à l'image d'expériences menées au Ghana et au Nigeria.
Pour le docteur Kroa Éhoulé, la médecine traditionnelle ne doit pas être considérée comme une opposition à la médecine moderne, mais comme un domaine de connaissance dont le potentiel mérite d'être étudié, sécurisé et valorisé.
À travers cette 24è Journée africaine de la médecine traditionnelle, les responsables du PNPMT et les représentants des praticiens ont ainsi plaidé pour une coopération accrue entre les détenteurs des savoirs ancestraux et la communauté scientifique. L'enjeu est de faire de la recherche, de l'innovation et de la réglementation les fondements d'une médecine traditionnelle mieux structurée, capable de contribuer, en complémentarité avec la médecine conventionnelle, à l'amélioration de la santé des populations et à la couverture sanitaire universelle.
source : linfodrome.com