La question du contrôle technique automobile revient avec acuité dans le débat public sur la sécurité routière en Côte d'Ivoire. La récente décision des autorités compétentes de suspendre les bancs mobiles de visite technique vise officiellement à renforcer la fiabilité et la rigueur du dispositif national de contrôle technique des véhicules. Si cette mesure s'inscrit dans une volonté d'amélioration du système, elle intervient toutefois dans un contexte marqué par une réalité préoccupante : une part importante du parc automobile national ne serait toujours pas en règle avec l'obligation de visite technique.
Selon plusieurs sources, 70 % des véhicules en circulation sont en défaut de visite technique. Si ce chiffre demande à être confirmé par des données officielles, il illustre néanmoins l'ampleur du défi auquel sont confrontées les autorités et les acteurs du secteur. Le contrôle technique constitue pourtant un pilier essentiel de la sécurité routière. Il permet de vérifier l'état mécanique des véhicules, notamment les systèmes de freinage, de direction, d'éclairage ou encore les émissions polluantes. L'absence de ce contrôle augmente les risques de défaillances techniques susceptibles de provoquer des accidents.
Depuis le début de l'année 2026, la Côte d'Ivoire fait face à une hausse inquiétante des accidents de la route, avec 519 accidents enregistrés, 164 morts et près de 2 000 blessés, soit environ quatre décès par jour. Face à ce bilan jugé alarmant, le gouvernement a décidé d'instaurer la tolérance zéro contre les infractions majeures lors d'un Conseil national de sécurité. Parmi les mesures ciblées en plus de la conduite sans permis, l'absence d'assurance figure le défaut de visite technique, l'alcool au volant, la surcharge des véhicules, le surnombre de passagers, le mauvais état des engins, le non-port du casque pour les deux-roues et les équipements de sécurité défectueux.
Entre civisme des automobilistes et contraintes du système
Dans les centres fixes de visite technique, certains automobilistes continuent de se conformer à la réglementation. Mais sur le terrain, l'on constate un engorgement progressif des installations. La suspension des bancs mobiles qui permettait d'effectuer des contrôles dans plusieurs localités ou à proximité des usagers, entraîne mécaniquement un report de la demande vers les centres fixes. Résultat : files d'attente plus longues, délais de traitement rallongés et afflux d'usagers dans certaines structures.
L'angle mort du dispositif de sécurité routière
C'est précisément ce point qui alimente les analyses de nombreux observateurs du secteur des transports. Pour eux, la problématique centrale ne réside pas uniquement dans la réduction ou l'organisation des capacités de contrôle, mais surtout dans la difficulté à identifier et à contraindre les véhicules qui circulent totalement en dehors du dispositif. Autrement dit, les véhicules qui respectent la réglementation continuent d'être contrôlés, tandis qu'une partie non négligeable du parc automobile circule sans visite technique valide, sans être systématiquement inquiétée. Cette situation crée ce que certains spécialistes qualifient d'« angle mort » de la politique de sécurité routière.
Un enjeu majeur pour la sécurité routière
Dans un pays où le trafic routier ne cesse de croître et où le parc automobile continue de s'élargir, la question du contrôle technique apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique. Au-delà du débat sur les bancs mobiles ou l'organisation des centres de contrôle, l'objectif demeure clair : réduire le nombre de véhicules techniquement défaillants en circulation afin de limiter les risques d'accidents. Car, au final, la sécurité routière ne se joue pas uniquement sur la route. Elle commence aussi dans l'état mécanique des véhicules qui y circulent.
Le Nouveau Réveil
source : afriksoir.net